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Bloguons Utile : Prise d’Initiative, Interview Avec Lady Zee

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prise-initiative.jpgSource

Il y a ceux qui rêvent leur vie, et il y a ceux qui rendent leur vie un rêve. Entre les deux, il y a la prise d’initiative. Pour compter parmi ceux qui prennent l’initiative, une seule astuce : être inspiré par ceux qui la prennent déjà.

Elle a détecté un besoin, et au-delà de réagir elle a agit. En l’espace de 6 jours, un collectif de plus de 60 bloggeurs est né, des médias ont parlé et des célébrités ont bougé. Elle n’a pas eu besoin ni de locale ni de paperasses administratives. Juste son idée et sa détermination ont suffit.

Lady Zee à travers son initiative « Bloguons utile ! », m’a personnellement appris que nous sommes face aujourd’hui à de plus en plus d’opportunités pour faire la différence avec le Web 2.0. Seules notre créativité et notre prise d’initiative peuvent en être les limites. Elle m’a appris aussi, avec cet entretien, qu’il y a espoir en notre potentiel. Lorsque quelqu’un ose quelque chose, nous sommes tous touchés.

Je vous laisse avec Lady Zee.


- Tu as rendu visite à la prison d’Oukacha le 16 septembre (date de ton post la dessus) et 6 jours plus tard, tu as pu mobiliser plus de 60 personnes au delà même des frontières, les médias (Au fait, Aswat ..) et des initiatives concrètes de personnes connues (El Guerrouj, groupe Hoba Hoba spirit ..).

Comment as-tu réussi à faire cela ? 

- Avec beaucoup de caféine après le ftour ! Lol.

Plus sérieusement, lorsque j’ai contacté l’association quelques jours avant la visite à Oukacha, c’était déjà dans l’objectif d’en parler dans mon blog et de celui de quelques amis bloggers (ZaZ, Labelash, Fhamator), avec lesquels j’en avais déjà discuté au préalable et qui étaient prêts à faire de même. C’était avant de penser à en faire un collectif.

Pour les médias, j’en ai contacté très peu dont Au Fait, qui m’ont reçu dans leurs bureaux et qui ont été enchanté par l’opération, ils se sont proposés de nous aider, ont préparé des bannières et en ont fait un article. Ils souhaitent aider les associations en leur offrant une tribune et sont aussi prêts à aider les actions de la blogosphère dès qu’elle le requiert. Le blog d’Au Fait est d’ailleurs depuis, membre du collectif.

Quant à la Radio Aswat, c’est l’initiative d’une bloggeuse, Sana, qui y travaille et qui m’a contacté une première fois par téléphone la semaine dernière et une seconde fois ce matin où j’étais « l’invitée du matin » de l’émission de Hafid El Jay, j’avoue que je suis bien plus à l’aise sur un clavier. Enfin, Tel Quel, qui par le biais de leur journaliste Youssef Ziraoui,  ont préparé une brève mais qui n’est pas sorti dans le dernier numéro, mais je ne suis pas à une déception près avec cet hebdomadaire.

Quant aux célébrités, je ne suis pas à l’origine de la venue de Hoba Hoba Spirit qui avaient déjà proposé de venir, j’ai juste fait en sorte que les choses s’accélèrent. Un ami et lecteur de mon blog connaît bien Reda Allali et m’a suggéré de lui en parler. En parallèle, un membre actif de l’AACRPE, m’a dit qu’il le connaissait aussi, alors je lui ai dit que j’allais le harceler jusqu’à ce qui les contacte. Quand je menace de harcèlement, ça marche en général.

Enfin, lorsque j’ai contacté Hicham El Guerrouj la semaine dernière il était enchanté et a tout de suite dit oui, c’est un homme extraordinaire. Il m’avait dit un jour « ma personne ne m’appartient pas, mais elle appartient à tous les marocains », je savais donc qu’il viendrait. La surprise cependant, c’était lorsqu’il a demandé à avoir les tailles en vêtements et en chaussures des 553 jeunes détenus. Il a tenu à visiter tout le centre et à parler à ces jeunes, il a fini son discours par cette jolie phrase sur Assia El Ouadie « Cette femme a consacré sa vie pour vous, au détriment de sa famille, de ses enfants, elle est votre deuxième maman. Pour elle, que celui qui sorte d’ici, ne revienne jamais ! ». 

- Comment est venue l’idée du collectif « Bloguons Utile » ? Quelle était ta source d’inspiration ?

J’ai toujours pensé que les blogs étaient un moyen efficace de se faire entendre. Même si un blog n’a pas un fort lectorat, et qu’il est peu connu, il touche quand même quelques personnes et cela fait pour moi une différence.

Je me suis inspirée d’une journée de bloguing lancée par un tunisien qui était consacrée au Grand Maghreb Arabe, des bloggeurs de 5 pays ont participé et ont été mobilisés en quinze jours. Cela m’avait marqué. Récemment, un autre évènement mondial, le « Blog Day 2007 » a reçu des dizaines de candidatures spontanées.

L’idée d’en faire un collectif organisé était motivée par des questions d’ordre pratique, il fallait tenir informé beaucoup de bloggeurs en même temps. Nous avions d’abord pensé à une association, mais dont les aspects légaux sont lourds à mettre en place, puis nous avons choisi la forme du collectif. Ensuite tout s’est accéléré, il fallait écrire une charte et la traduire, et faire un logo.

- Combien de temps t’a pris toute cette opération ? Est-ce que tes journées ont étaient chamboulées par l’organisation du collectif ?

- Des prémices de l’idée à sa totale réalisation les 23 et 24 septembre il a fallu compter une semaine. La journée j’étais au travail et je ne pouvais donc pas vraiment avancer, mais mes nuits étaient consacrées au collectif. De plus, j’informais régulièrement les autres et je récoltais leurs idées. Je ne suis pas la seule à l’origine de tout cela. (Je remercie d’ailleurs ZaZ, Labelash, Fhamator, Le Guepard, Netdur et OB).

- Il y a eu une mobilisation de plus de 60 personnes en l’espace de 6 jours sans prise de rendez-vous, sans réunions de cadrage, sans même que les personnes se connaissent (dont certaines vivent à l’étranger). Qu’en penses-tu ?

- Cela me redonne foi en l’Homme. Pour moi, le virtuel peut supplanter le réel, tant que ça reste dans un environnement sain, ainsi, je réalisais que derrière chaque demande d’adhésion il y avait une personne qui nous faisait confiance et qui était prête à nous suivre. La mobilisation de toutes ces personnes veut dire que des gens sont prêts à faire des choses pour le bien de tous, et cela me réconforte. Le taux de participation très bas aux dernières élections législatives m’a fait peur, je pensais que les gens se désintéressaient totalement de la « chose publique », or, hormis des questions politiques, les bloggeurs ont envie d’agir, de donner leur opinion, de faire bouger les choses…

De plus, au-delà des articles publiés dans les blogs, j’ai reçu l’aide spontanée de certains bloggeurs qui souhaitaient en faire plus, comme par exemple Selwounette qui s’est beaucoup impliquée et qui continue, ou Nadia Bettar qui a complètement pris en charge la promotion de l’association auprès de la presse. Enfin, des lecteurs ont réagi et ont déjà commencé à aider.

- Quel était le moment fort pour toi durant toute l’opération ?

Il y en a eu deux. Le premier c’était lorsque Assia El Ouadie qui suivait l’opération m’écrivait par mail pour me dire « 27… 36 ou 57 » en comptant les membres du collectif au fur et à mesure que celui-ci grossissait. Cette femme merveilleuse m’a fait confiance, je choisissais sa cause, son association et j’en étais devenue une sorte de porte-parole devant les autres bloggeurs. Je me devais d’être à la hauteur, et j’avais peur de la décevoir.

Le second moment fort, c’était aux premières heures du 23 septembre, date du coup d’envoi, lorsque j’ai scruté quasiment toute la nuit l’agrégateur (http://www.maroc-blogs.com/) et que je voyais les posts pour « Bloguons Utile » se succéder. C’était magique. 

- Est-il vraiment difficile de « bouger » et d’innover dans le monde du web 2.0 ?   Faut-il être un programmeur ou informaticien pour y arriver ?

- « Bouger » dans le WEB 2.0 est très facile, puisque le Web 2.0 favorise les interactions plus que jamais, par contre, « Innover » me semble plus difficile. Il faut donc avoir les deux ; la maîtrise des outils, et l’idée novatrice.

Je pense que la « logique informatique » peut suffire aussi, je ne suis pas développeuse ni informaticienne mais j’ai de solides notions car ce domaine demeure une passion. Cette logique  permet de connaître le fonctionnement des outils, de savoir en quoi ils peuvent être utiles et de ne jamais paniquer devant une innovation internet ou informatique. Par contre, cela demande une certaine régularité, il faut se mettre à jour pour ne pas se sentir dépassé.

    – Est-ce que Internet peut être aussi, à ton avis, une opportunité de lancer des business, des produits et des services pour les marocains ? Est-il possible pour un marocain désormais de vendre à l’étranger à partir de chez lui ?

      – Si l’on fait bien attention, cela existe déjà, et je connais quelques sites marocains de vente en ligne, par contre, le problème qui se pose est d’ordre juridique puisque nous n’avons pas encore de base légale au Maroc pour le paiement par internet. C’est un projet qui ne va pas tarder à voir le jour. De plus, ceci devra s’accompagner de mesures fiscales, puisque cela va constituer l’exercice d’un commerce et devra être imposable.

      Si le e-business a eu un succès retentissant sous d’autres cieux, je suis sûre qu’au Maroc il y aura un véritable marché, que ce soit aussi bien dans les produits que dans les services. Par contre, pour éviter les écueils de la première bulle spéculative du Web 1.0 et des startups qui ont fermé boutique, il faudra allier innovation, sérieux, et « logique informatique ».

 - Qu’est ce que tu conseillerais aux jeunes et aux professionnelles qui voudraient exploiter le web 2.0 ?

- Je dirais VITE ! Puisque le projet de loi sur le commerce électronique va aboutir bientôt sur une loi, il faut donc d’ores et déjà s’y intéresser, le lire, et tenter de préparer son arrivée sur le marché. Sur internet, le premier arrivé est le premier servi. Je conseille donc aux jeunes d’avancer dans leurs réflexions et idées, et de tout mettre en place pour arriver premiers dès que la loi sera passée.

Sinon, récemment j’ai fait la connaissance d’un jeune de 17 ans, Ulric qui a lancé un site complètement Web 2.0, Scribeos, qui permet aux auteurs professionnels ou amateurs de publier facilement, rapidement et gratuitement leurs manuscrits. Son site connaît un succès fulgurant et je consacrerai bientôt un article sur cela. (http://www.scribeos.com/)

Quant aux professionnels, cela dépend de leurs domaines, il suffit parfois d’un rien pour que leurs activités trouvent plus de visibilité sur internet, et beaucoup ne font rien.

Ainsi je reprends l’exemple de la presse marocaine, la majorité des organes de presse n’ont pas de flux RSS sur leurs sites, alors que cela est un outil anodin aujourd’hui qui changerait totalement leur présence sur le web.

 Le plus dur dans l’utilisation du Web 2.0 c’est de rester à jour. Certaines entreprises ont des blogs, mais s’essoufflent vite, et sont mal orientées. En Europe et aux USA, certaines agences de communication se sont spécialisées dans le WEB 2.0, je ne dis pas que cela est nécessaire au Maroc tout de suite, mais il faut rester en veille, se tenir informé, et être prêt à « sauter le pas ».

- Un dernier mot ?

- Oui ! Je souhaite remercier l’AACRPE qui a cru en moi et qui a permis à des dizaines de bloggeurs de se rendre un peu plus utiles sur internet, et j’aimerai aussi remercier tous les bloggeurs du Collectif « Bloguons Utile » qui se sont lancés dans cette aventure et qui ont réagi sur leurs blogs, Au Fait Maroc qui souhaite désormais nous prêter main forte, et enfin j’aimerai dire à ma « Môman » que je l’aime et que je suis fière d’elle parce qu’elle m’a été d’un grand secours dans tout cela et surtout d’un immense soutien.

Merci à toi aussi Faysal !


  1. octobre 8, 2007 à 3:20 | #1

    Intéressant, dommage qu’une polémique stérile se fasse jour.

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